25/8/2026

Montréal adopte une motion amendée sur Gaza après un débat marqué par la division

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La motion déposée par Projet Montréal pour demander à la Ville de Montréal de reconnaître le génocide à Gaza et de suspendre ses liens institutionnels avec Israël n’a finalement pas été adoptée dans sa forme initiale. Après d’importants amendements proposés par l’administration de Soraya Martinez Ferrada, l’opposition a voté contre les changements, estimant que le texte avait été « très modifié ». Les amendements ont néanmoins été acceptés par 38 voix contre 22, puis la motion amendée a été adoptée par 54 voix contre 6.

Le débat a opposé deux conceptions du rôle de la Ville face à un conflit international aux répercussions locales. Pour la mairesse, Montréal doit reconnaître la gravité de la crise humanitaire à Gaza, défendre le droit international et protéger les populations civiles, mais le conseil municipal ne doit pas devenir un lieu où l’on « transporte des conflits internationaux ». Pour l’opposition, au contraire, le silence n’est pas une option. Sa cheffe, Ericka Alneus, a estimé que la population attendait des élus qu’ils « nomment les choses » et que, malgré les modifications apportées à la motion, le fait que Montréal ait tenu ce débat constituait déjà un signal.

Une motion profondément remaniée

Avant le dépôt de la motion, la conseillère Nathalie Goulet a évoqué la tradition de « ville pacifiste » de Montréal, rappelant notamment la position prise par la Ville contre l’apartheid en Afrique du Sud. « Sommes-nous encore capables de ce courage ? » a-t-elle lancé.

La mairesse Soraya Martinez Ferrada a reconnu la gravité des souffrances civiles à Gaza, mais a contesté la légitimité du conseil municipal à qualifier juridiquement la situation de génocide. « Le conseil municipal n’est pas une cour de justice internationale », a-t-elle rappelé. Selon elle, le rôle de Montréal est plutôt d’agir dans le cadre de ses compétences directes : sécurité, prévention des actes haineux, dialogue interculturel et cohésion sociale. Elle a aussi permis aux élus de son équipe de voter librement, reconnaissant l’existence de « convictions différentes et légitimes » au sein de la majorité.

La version de la motion qui a finalement été adoptée ne reprend plus les deux principales demandes de la version initiale : la reconnaissance par la Ville d’un génocide contre les Palestiniens à Gaza et la suspension des liens institutionnels et commerciaux avec l’État d’Israël, ses institutions et ses municipalités. Le nouveau texte affirme plutôt la solidarité du conseil municipal avec le peuple palestinien et les victimes civiles des hostilités, réitère l’importance de lutter contre l’antisémitisme et l’islamophobie et réaffirme l’attachement de Montréal au droit international et au droit international humanitaire.

Toutefois, la motion adoptée appuie explicitement le travail des instances judiciaires et des organismes internationaux chargés d’examiner les allégations de violations du droit international à Gaza, notamment les procédures en cours devant la Cour internationale de justice touchant l’application de la Convention sur le génocide. Elle demande également aux gouvernements du Canada et du Québec de faire preuve d’un « leadership accru », notamment par le respect du droit international et l’imposition de sanctions contre les parties et les individus responsables de violations graves du droit international humanitaire et des droits de la personne.

L’opposition a refusé les amendements. Pour Ericka Alneus, la motion a certes été « très modifiée », mais le débat lui-même était important. « Montréal a eu ce débat », a-t-elle déclaré, en soulignant que les conflits internationaux ont des répercussions bien réelles sur les communautés montréalaises.

« Nommer les choses »

Nathalie Goulet s’est dite déçue par la position de l’administration et par son refus de reconnaître le génocide à Gaza. Elle a notamment évoqué les précédents montréalais en matière de droits de la personne, dont la rupture des liens avec l’Afrique du Sud de l’apartheid.

Pour elle, l’argument du vivre-ensemble ne peut justifier l’inaction. « Le vivre-ensemble montréalais [...] ne peut signifier vivre ensemble avec l’apartheid et le génocide », a-t-elle lancé.

La question de l’antisémitisme a également été abordée au cours du débat. Plus tôt durant la séance, l’administration avait fait adopter une motion visant à lutter contre l’antisémitisme. Projet Montréal avait voté contre, tout en condamnant explicitement les attaques visant des écoles juives et une synagogue. Son opposition portait sur la portée politique du texte et sur ses effets potentiels sur la liberté de débat du conseil.

À propos de Gaza, les élus de Projet Montréal ont également insisté sur une distinction qu’ils jugent essentielle : critiquer les décisions du gouvernement israélien ne revient pas à viser les personnes juives. Olivier Demers avait ainsi souligné qu’il fallait distinguer « la critique d’un État, de ses politiques, de ses actions militaires » de « la haine envers les personnes juives ».

Une mobilisation devant l’hôtel de ville

Le débat s’est déroulé après la mobilisation d’une centaine de personnes devant l’hôtel de ville. À midi, sous une pluie persistante, des militants, des artistes, des syndicalistes et des défenseurs des droits de la personne se sont succédé au micro pour réclamer l’adoption de la motion initiale.

Le rassemblement était notamment organisé par Montréal Anti-Apartheid et la Ligue des droits et libertés. La motion bénéficiait de l’appui de plus de 130 organisations, de plus de 1 100 artistes québécois et de près de 1 500 citoyens. Pour Zev Saltiel, représentant de Montréal Anti-Apartheid et membre de Voix juives indépendantes Montréal, le vote attendu ne devait pas être considéré comme un simple geste symbolique. « La décision que vous allez prendre aujourd’hui n’est pas une décision symbolique », avait-il lancé aux élus.

La référence à 1987 a été omniprésente. La comédienne et autrice Nathalie Doumard a rappelé la mobilisation artistique en faveur de la rupture avec l’apartheid sud-africain. « En 1987, Montréal a coupé tous les liens avec l’apartheid en Afrique du Sud. Je suis ici aujourd’hui pour demander à Madame la Mairesse Martinez Ferrada de faire la même chose pour la Palestine », a-t-elle déclaré. 

Diane Lamoureux, présidente de la Ligue des droits et libertés, a pour sa part rejeté l’idée que Montréal puisse se soustraire au débat en citant ses compétences municipales. « Les élus et élues montréalais ne peuvent se défiler en se disant que ce n’est pas du ressort des villes de prendre position », a-t-elle affirmé. Selon elle, « la Ville, qu’elle le veuille ou non, est déjà impliquée », notamment par ses propres relations institutionnelles et commerciales.

Bertrand Guibord, président du Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN, a rappelé que le conflit touche aussi directement des familles montréalaises. « Nous ne pouvons pas détourner la tête du génocide en cours sous nos yeux », a-t-il déclaré. Enfin, Rama Al Malah, du Palestinian Youth Movement, a inscrit la mobilisation dans un mouvement international plus large. 

À la fin du rassemblement, elle retenait surtout son ampleur malgré la pluie : « On n’a pas vu une mobilisation comme ça depuis un petit bout de temps. »

Pour les organisations mobilisées, le vote de lundi ne clôt donc pas la question. Il marque plutôt une nouvelle étape d’une campagne qui réclame depuis plusieurs années que Montréal transforme ses prises de position sur les droits de la personne en gestes institutionnels.

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