Un nouveau dictionnaire élaboré par la communauté contribue à la renaissance du cri de Moose, langue aujourd’hui menacée
Hilda Jeffries (à gauche) est l’une des contributrices du dictionnaire. Elle passe des heures au téléphone avec le Dr Brousseau, l’éditeur de l’ouvrage, pour lui proposer de nouveaux mots. Photo fournie par Geraldine Govender de la Première Nation des Cris de Moose.
8/4/2026

Un nouveau dictionnaire élaboré par la communauté contribue à la renaissance du cri de Moose, langue aujourd’hui menacée

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Lorsque le Dr Kevin Brousseau n’est pas en service en tant que seul médecin de garde du centre de soins d’Oujé-Bougoumou, une municipalité du territoire d’Eeyou Istchee, dans le nord du Québec, il met à profit ses connaissances en linguistique, une science dont il est diplômé, pour éditer le plus grand dictionnaire de cri au monde.

«Avant même d’obtenir ces diplômes, je compilais des listes de mots dans mon propre dialecte depuis l’adolescence », explique le Dr Brousseau, dont la famille est originaire de Waswanipi, une municipalité voisine de celle d’Oujé-Bougoumou. « Je suppose que j’ai toujours eu l’intention de travailler sur des dictionnaires.»

Il s’est réorienté vers la médecine au cours de la trentaine pour soigner les patients cris dans leur langue maternelle, mais a continué à travailler comme éditeur du dictionnaire de cri de Moose, dont la quatrième édition a été mise à jour en novembre 2025. Cette nouvelle édition comprend plus de 34 000 termes cris traduits en anglais et environ 5 500 entrées anglais-cri que le Dr Brousseau a rassemblées pour le projet depuis 2012.

Entre ses deux emplois et la publication d’ouvrages universitaires sur le cri ancien en collaboration avec le Musée canadien de l’histoire, Kevin Brousseau doit surmonter de nombreux obstacles dans l’accomplissement de sa mission, qui est d’aider le peuple cri à apprendre sa langue. Le faible nombre de locuteurs courants du cri, le manque de textes modernes permettant de pratiquer la langue et le sous-financement des projets culturels autochtones ont contraint le Dr Brousseau et la Première Nation des Cris de Moose à trouver des solutions ingénieuses, tout en finançant eux-mêmes le projet.

Et le Dr  Brousseau affirme qu’ils sont loin d’être la seule communauté autochtone à faire face à ces défis au Canada.

Donner vie au dictionnaire de cri de Moose

Selon ce diplômé de linguistique, la structure bilingue du dictionnaire est indispensable pour le rendre accessible aux locuteurs du cri de Moose. Il explique que la plupart des habitants de Moose Factory, une petite communauté de l’Ontario située à l’extrémité sud des basses-terres de la baie d’Hudson et de la baie James, ne lisent et ne parlent que l’anglais.

« Nous essayons de créer de la documentation pour permettre aux gens de s’initier à la langue. Mais si vous deviez chercher un traducteur local pour traduire l’introduction du livre dans le dialecte local, vous auriez beaucoup de mal à en trouver un », dit-il.

Cela s’explique en partie par le fait que le dialecte cri de Moose ne dispose pas d’un corpus littéraire très riche. La plupart des dictionnaires ont besoin de preuves attestant que les mots sont utilisés dans des romans, des journaux ou d’autres textes, mais le Dr Brousseau n’a pas pu trouver d’œuvres littéraires modernes en cri de Moose écrites après les années 1970.

Pour combler cette lacune, il a enregistré la plupart des mots en discutant avec les locuteurs natifs de la communauté. Il a souvent passé des heures au téléphone avec des contributeurs pour leur demander des listes de termes, un processus rendu nécessaire par les différences entre le cri et des langues comme l’anglais.

Plutôt que d’attribuer plusieurs significations à un même mot, le cri crée un nouveau mot chaque fois que le contexte change. Certains mots cris contiennent ainsi tellement d’informations contextuelles qu’ils se traduisent par des phrases complètes en anglais. Par exemple, Kevin Brousseau explique que maškek (ᒪᔥᑫᒄ) se traduit par « muskeg » – un type de tourbière nord-américaine qui tire son nom du mot cri – alors que akāmaškek (ᐊᑳᒪᔥᑫᒃ) signifie « de l’autre côté du muskeg » et que akāmaškekaham (ᐊᑳᒪᔥᑫᑲᐦᐊᒻ) veut dire « il/elle traverse le muskeg ».

Selon le Dr Brousseau, certains locuteurs ont pris plaisir à explorer « les limites de leur imagination » en lui proposant des mots très particuliers, surtout lorsqu’ils avaient des décennies d’expérience dans des domaines comme l’aéronautique et l’aquaculture.

« Dans notre culture, on cherche toujours à trouver de l’humour dans tout ce qu’on fait, alors certaines personnes trouvent ça drôle », explique le Dr Brousseau à propos du processus de collecte de mots. « D’autres trouvent ça très ennuyeux. »

Tout comme les œuvres littéraires en cri de Moose Factory, le nombre de locuteurs courants est limité. Geraldine Govender, responsable du projet de dictionnaire, indique que Moose Factory compte environ 70 personnes parlant couramment le cri de Moose Factory sur ses 5 000 habitants. Presque tous ces locuteurs sont des aînés.

Mme Govender explique que ce ratio est dû aux pensionnats autochtones et aux politiques gouvernementales qui ont tenté d’éradiquer de manière systématique les cultures et les langues du peuple cri.

« Moose Factory est la plus ancienne colonie anglophone de l’Ontario… La colonisation a eu un effet considérable sur nous depuis 1673, explique Mme Govender. Le message qu’on me répétait sans cesse était : “Ne parle pas le cri à tes enfants. Ça ne leur servira à rien.” »

Mais les aînés de Moose Factory vieillissent. Le Dr Brousseau explique qu’ au fil des ans, il a tissé des liens avec les contributeurs, et que les récents décès d’aînés l’ont donc profondément affecté.

« J’ai reçu des messages de la famille, qui m’a remercié pour ces années d’amitié… Certains de ces aînés se sentent seuls, assis chez eux, dit Kevin Brousseau, la voix brisée par l’émotion. Savoir que je peux les appeler de temps en temps pour égayer leur journée, discuter avec eux, les entendre rire un peu, puis travailler sur le dictionnaire pendant 15 à 20 minutes… c’est sans aucun doute l’un des aspects les plus gratifiants de ce travail.

« Je suis simplement reconnaissant que Geraldine et moi ayons pu monter ce projet à une époque où ils étaient encore là. »

Les nouveaux locuteurs du cri ont besoin de plus qu’un simple dictionnaire, estime le Dr Brousseau

Oui, les nouveaux locuteurs du cri ont besoin de plus qu’un simple dictionnaire. Le Dr Brousseau estime que le dictionnaire, à lui seul, ne suffit pas à soutenir le dialecte cri de Moose. Il explique que cet outil ne sera utile aux nouveaux locuteurs que s’ils peuvent mettre en pratique leurs acquis à l’aide de manuels de grammaire et grâce à des ateliers.

À cette fin, le Dr Brousseau a aidé les aînés locaux à traduire des livres de Robert Munsch, dont Thomas’ Snowsuit et Show and Tell, en syllabaire, un système d’écriture inventé au début du XIXe siècle pour le cri et d’autres langues autochtones. Kevin Brousseau a également découvert une collection de textes cris pour adultes datant des années 1930, réunis par le linguiste Truman Michelson et conservés dans les archives du Smithsonian Institute. Il a actualisé l’écriture syllabique de ces textes pour les lecteurs d’aujourd’hui.

Mme Govender explique que, pour soutenir davantage les locuteurs de la langue crie, la Première Nation des Cris de Moose organise des camps d’immersion linguistique et des séances de conversation au cours desquelles ses membres peuvent s’exercer ensemble. La communauté a également lancé l’application linguistique Moose Cree Language App, qui propose des exemples audio de certains mots ainsi qu’un dictionnaire consultable en ligne. La version imprimée est gratuite pour les membres de la Première Nation.

« Il me semblerait étrange de faire payer les gens – notre peuple – pour qu’ils puissent disposer des ressources dont ils ont besoin pour apprendre la langue, déclare Mme Govender. Certaines personnes n’en auraient tout simplement pas les moyens. »

Ce type de ressources a aidé des personnes comme Jocelyn Cheechoo à apprendre le cri. Native de Moose Factory, où elle a grandi avant de déménager à Thunder Bay pour le travail, Mme Cheechoo explique que ses cours de vocabulaire, de la maternelle à la quatrième, ne l’ont pas préparée à poser des questions en cri de Moose lorsque ses grands-parents se lançaient dans des conversations informelles ou racontaient des épisodes de leur histoire familiale dans ce dialecte.

Maintenant qu’elle suit des cours de conversation, elle ose s’exercer avec des locuteurs natifs, sans craindre qu’on se moque d’elle parce qu’elle ne maîtrise pas la langue.

« [On s’est moqué de moi] à quelques reprises, mais il m’a suffi d’une ou deux fois pour ne plus vouloir essayer, se souvient Mme Cheechoo. Les locuteurs sont plus encourageants aujourd’hui parce qu’ils voient, je suppose, que la langue n’est plus autant parlée qu’avant. »

Malgré l’effet positif des programmes linguistiques sur les nouveaux apprenants, Mme Govender explique qu’il a été difficile de les financer à Moose Factory.

Elle a travaillé 17 ans en tant que directrice et seule employée du département responsable des programmes linguistiques et culturels de la Première Nation des Cris de Moose avant de pouvoir embaucher deux personnes supplémentaires. La communauté a financé le dictionnaire en puisant dans ses revenus, une capacité dont la plupart des autres communautés autochtones ne disposent pas, selon Mme Govender.

Cette dernière souhaite d’ailleurs que le gouvernement canadien finance davantage de programmes consacrés aux langues autochtones, comme le dictionnaire et les ateliers de conversation. Mais voir des personnes comme Jocelyn Cheechoo apprendre à parler le cri et assister à l’essor de projets comme le dictionnaire donne à Mme Govender l’espoir que le dialecte cri de Moose prospérera.

« Le potentiel est énorme. J’ai maintenant deux personnes qui travaillent avec moi – ce serait bien d’en avoir davantage, mais nous faisons ce que nous pouvons avec les moyens dont nous disposons », dit-elle, ajoutant qu’elle a reçu un soutien enthousiaste de la part des aînés de la communauté. « J’y crois vraiment. »

La lutte nationale pour le financement des projets liés aux langues autochtones

La sénatrice Bernadette Clement est membre du Comité sénatorial permanent des peuples autochtones (APPA). Elle explique que les communautés autochtones reçoivent principalement des fonds publics pour des projets à court terme d’une envergure similaire à celle du dictionnaire du cri de Moose, et qu’elles ont donc besoin de plus de possibilités pour mener à bien des projets durables à long terme. (Photo : Zenith Wolfe)

La Première Nation des Cris de Moose n’est qu’une des nombreuses communautés autochtones du Canada dont les projets linguistiques restent sous-financés, et ce, malgré de faibles taux de maîtrise de la langue et l’héritage du colonialisme.

Sur les quelque 90 langues autochtones parlées au Canada, environ 75 % sont en danger certain, grave ou critique de disparition, selon le ministère du Patrimoine canadien et l’UNESCO. Cela signifie que les enfants n’apprennent pas leur langue maternelle et que les locuteurs fluides sont souvent des grands-parents ou des personnes issues des générations plus âgées.

Pourtant, sur une période de cinq ans commençant en 2024, le gouvernement fédéral se propose d’investir 225 M$ pour revitaliser à la fois les langues et les cultures autochtones, en plus de s’engager à allouer plus de 1,4 G$ au soutien de l’enseignement des langues minoritaires et de l’enseignement en langue seconde dans les communautés de langue officielle en situation minoritaire.

Le financement destiné aux communautés autochtones a toutefois diminué. Cet investissement de 225 M$ était inférieur de 32,5 % aux fonds promis pour la revitalisation des langues autochtones dans le Budget 2019.

De plus, pour l’exercice 2024-2025, Patrimoine canadien prévoyait investir 52,6 M$ dans la revitalisation des langues des Premières Nations, soit une baisse par rapport aux 118,3 M$ de l’année précédente, comme l’a fait remarquer la sénatrice Bernadette Clement lors de la période de questions d’un débat au Sénat en septembre 2025.

Mme Clement est membre du Comité sénatorial permanent des peuples autochtones (APPA). Au cours de cette période de questions, elle a interrogé le ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes de l’époque, Steven Guilbeault, sur la diminution du financement accordé par Patrimoine canadien aux langues autochtones entre 2023 et 2024. Selon la sénatrice, M. Guilbeault n’a pas nié que le financement avait diminué.

David Larose, conseiller en relations avec les médias de Patrimoine canadien, écrit dans un communiqué envoyé par courriel à La Converse que cette baisse s’explique par le fait que les « investissements à durée déterminée » du Budget 2021 ont expiré en 2023-2024. Il déclare que le chiffre de 52,6 M$ présenté par Mme Clement se « limite » aux budgets de 2019 et de 2021, et qu’elle « omet les 32,8 M$ supplémentaires prévus dans le Budget 2024 » pour soutenir les langues des Premières Nations.

M. Larose indique également que les langues autochtones bénéficient d’un financement annuel « permanent » qui se poursuit au-delà des « investissements à durée déterminée » prévus dans les budgets. Ce financement « permanent » est passé de 115,7 M$ en 2019 à 162,7 M$ en 2024, précise-t-il. M. Larose indique que, au total, Patrimoine canadien aura dépensé « un peu plus d’un milliard de dollars » pour revitaliser les langues autochtones de 2019 à 2029.

Steven Guilbeault et Patrimoine canadien ont tous deux décliné la demande d’entrevue de La Converse.

Mme Clement reconnaît que le gouvernement a « de nombreuses priorités liées à l’économie » à l’échelle internationale, ce qui rend plus difficile de traiter en priorité le financement des projets de revitalisation des langues autochtones.

« Chaque fois qu’on regarde les nouvelles, on a l’impression qu’une nouvelle menace existentielle pèse sur notre économie, dit-elle. Ce que je crains, c’est que de nombreux groupes qui n’obtenaient déjà pas l’attention dont ils avaient besoin avant cette menace existentielle soient encore relégués au second plan dans l’ordre des priorités. »

Mme Clement a parcouru le Canada pour discuter des efforts de revitalisation linguistique avec diverses communautés autochtones. Les membres de ces communautés lui ont souvent dit qu’ils appréciaient les fonds qu’ils pouvaient obtenir, mais que le gouvernement n’appuyait que des projets individuels d’une portée similaire à celle du dictionnaire du cri de Moose, plutôt que des solutions durables.

« Le risque est que les communautés ne puissent pas planifier elles-mêmes, ne puissent pas établir de plans à long terme sur la manière dont elles souhaitent travailler sur leur langue particulière au sein de leur communauté. Le financement basé sur des projets à court terme ne permet pas de soutenir cela, explique Mme Clement. Il doit s’agir d’un financement à plus long terme, et il doit être durable. »

Dans une déclaration envoyée par courriel à La Converse, le commissaire aux langues autochtones, Ronald E. Ignace, se range à l’avis de Mme Clement. Il affirme que le financement à long terme était « indispensable de toute urgence pour veiller à ce qu’aucune langue autochtone ne soit laissée pour compte » et pour contribuer à réparer les dommages causés par le colonialisme.

« La prudence budgétaire ne devrait pas se faire au détriment des peuples autochtones et de leurs langues. D’autant plus que l’état critique actuel des langues autochtones est le résultat direct d’une histoire de politiques gouvernementales ciblées et de pratiques d’assimilation », écrit le commissaire.

M. Ignace n’était pas disponible pour une entrevue.

Estimation du coût de la revitalisation des langues autochtones

En septembre 2022, l’Assemblée des Premières Nations (APN) a mandaté la firme Daniel J. Brant & Associates pour réaliser une analyse des coûts qui puisse permettre d’estimer les investissements financiers qui seraient nécessaires à long terme pour la revitalisation des langues autochtones au Canada. M. Brant a occupé le poste de directeur général des Mohawks de la baie de Quinte et celui de conseiller en politiques auprès de ministres fédéraux et de sous-ministres. M. Brant a également fourni les chiffres relatifs au financement des Premières Nations que Mme Clement a utilisés lors de la période de questions avec M. Guilbeault.

L’APN propose un modèle de financement qui divise celui-ci en deux parties : l’une servirait à soutenir les services locaux en fonction des besoins et de la taille de chaque communauté, et l’autre permettrait de mettre en place un peu partout au pays neuf « pôles » qui serviraient de centres de ressources pour les communautés des mêmes régions et groupes linguistiques.

L’APN estime que ces deux catégories combinées coûteraient environ 2 G$ par an. Si ce modèle avait été mis en œuvre dans le Budget fédéral 2025-2026, cela aurait augmenté les dépenses publiques, estimées à 486,9 G$, d’environ 0,4 %.

M. Brant estime que la probabilité que le gouvernement adopte le modèle de l’APN est « discutable ».

« Cela nécessiterait un soutien considérable de la part des structures gouvernementales existantes, explique M. Brant. Nous n’avons constaté un tel niveau de soutien dans aucun domaine, qu’il s’agisse de la langue, de l’éducation, du logement ou de la justice. »

Les estimations liées au modèle ont également dû être nuancées en raison du caractère limité des données nationales sur les taux de maîtrise des langues autochtones. M. Brant explique que certaines régions et communautés ont colligé leurs propres données, mais qu’il est difficile de les utiliser pour établir des comparaisons à l’échelle nationale, car chaque communauté traite et surveille ses langues différemment. Les données du recensement fédéral de 2016, utilisées par l’APN, présentaient un problème similaire.

« Ils ont posé une question dans ce rapport : “Pouvez-vous communiquer, ou communiquez-vous, dans une langue autochtone ?” Cette question peut être interprétée de multiples façons », explique M. Brant, tout en précisant que déterminer si une personne maîtrise ou non une langue dépend de facteurs personnels et communautaires.

Après la publication du rapport, l’APN a soumis le modèle au Comité permanent des affaires autochtones et du Nord (CAAN) de la Chambre des communes. Ce modèle a aidé le CAAN à rédiger la recommandation n° 10 de son rapport de juin 2023 soumis à la Chambre des communes, qui demandait au gouvernement fédéral de « prendre des mesures immédiates » au sujet du financement à long terme des langues autochtones. La réponse du gouvernement au rapport, datée d’octobre 2023, n’a pas abordé le modèle de l’APN.

M. Brant indique que l’APN a rédigé des documents de suivi et les a soumis au gouvernement, mais qu’il n’a pas reçu de réponses significatives de la part des représentants fédéraux.

M. Larose a écrit dans sa déclaration envoyée à Patrimoine canadien que le ministère avait pris connaissance du modèle de l’APN, mais n’avait pas fait d’autres commentaires à ce sujet.

Quant au Dr Brousseau, il estime que, même si le gouvernement augmente le financement des projets linguistiques dans les communautés autochtones, l’argent ne constitue pas la seule solution. Selon lui, ce dont les communautés « ont vraiment besoin, c’est d’un moyen de développer une expertise » en matière d’enregistrement et d’enseignement de leurs langues. Sinon, les malentendus au sujet de l’orthographe ou de la prononciation de certains mots, que le Dr Brousseau qualifie de « symptôme de la perte linguistique », ralentiront les progrès.

« “Dans ma communauté, on dit ça ; dans la vôtre, vous dites ça” – mais en réalité, les deux communautés utilisaient ces deux mots si on parle à des personnes de plus de 80 ans… Il faut une formation adéquate, les compétences nécessaires pour [revitaliser une langue], et malheureusement, c’est quelque chose qui se fait de plus en plus rare à mesure que les locuteurs très fluides vieillissent, explique-t-il. Je considère mon travail de lexicographe comme le travail de quelqu’un qui documente la langue pour s’assurer qu’elle soit toujours là à l’avenir. »

L’actualité à travers le dialogue.
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